Histoire de la spiritualité II : de François d'Assise à Thérèse de Lisieux, l'affirmation du sujet

François MARXER

jeudi 30 septembre 2010 au jeudi 16 décembre 2010
14 h 30 à 16 h 30
REFERENCE S01C07
NOMBRE D'HEURES 20h
NIVEAU 1
PRIX DU MODULE 168 € TTC
Cours magistral
L'Antiquité et le premier Moyen-Âge ont vu la naissance du sujet en quête de sa vérité spirituelle, dont Bernard de Clairvaux aura donné au XIIe siècle une expression décisive : une référence largement diffusée par le mouvement franciscain, à partir de laquelle reste à conquérir l'identité de ce sujet. La réflexion philosophique l'y aide puissamment, qui, dès l'époque médiévale, s'interroge sur la permanence et la consistance du Moi, soumis aux variations de sa propre trajectoire et aux aléas de l'Histoire. C'est donc de ce sujet que la spiritualité privilégie la singularité d'agent, d'acteur, parfois aussi d'auteur, affrontant sa précarité (n'étant plus protégé par les solidarités familiales, et par-dessus tout, exposé aux incertitudes eschatologiques) et l'angoisse de se voir exilé dans un monde désacralisé (au XIe siècle, par la Réforme grégorienne) et désenchanté (au XVIIe, par l'emprise scientifique et l'hégémonie du politique).
L'expérience spirituelle (où le monde féminin va témoigner d'une formidable excellence, revanche sur sa minorité sociale) prend en charge et orchestre cette inquiétude et le désir qui s'y fait jour, en l'arrimant au surnaturel. Non sans prise de risque, quand, au plus extrême, l'on veut l'amour et l'abandon du Père (comme la preuve la plus explicite de cet amour) : une supposition impossible qui se cristallisera dans la crise de l'amour pur. Peut-être la pratique spirituelle oppose-t-elle un point de résistance au consensus trop facilement consenti à l'ordo mundi, l'ordre du monde gouverné par la rationalité politique ou scientifique. Sans entrer forcément en dissidence, elle ne cache pas sa perplexité quant à l'efficace des médiations, supposées apaisantes, proposées par les institutions : elle mesure (et éprouve) l'évidence de la Jalousie de Dieu, cette « violente charité » souvent nocturne et incompréhensible.
« Donner un but non instrumental, c'est précisément le propre de la spiritualité » (J. Patocka). Son urgence est d'autant plus grande en notre post-modernité que l'humanité globalisée est soumise aux impératifs et aux pressions des « immenses potentiels de la raison technique ». Être d'ouverture, le sujet spirituel a « le sens essentiel du mystère de toutes choses » : n'est-il pas, pour cela même, susceptible de dénouer les contradictions qui pèsent sur nous et dont nous ne possédons, pour le moment, que des clefs insuffisantes ?