De la religion en philosophie à la philosophie de la religion

Laurent GALLOIS

mercredi 28 mars 2012 au mercredi 06 juin 2012
de 17h à 19h
REFERENCE P11C08
NOMBRE D'HEURES 20h
NIVEAU 1
PRIX DU MODULE 172 € TTC
Cours magistral
La philosophie de la religion voit le jour, en tant que telle, dans le passage du XVIIIe au XIXe siècle avec les figures de Schleiermacher, Hegel et Schelling. Or avant ce passage, la religion est ce sur quoi la philosophie, à partir de la fin du XVIe siècle, s'est mise à travailler, s'efforçant de la penser progressivement comme religion naturelle, indépendamment de toute révélation. La philosophie veut en effet appuyer la religion sur la raison, pour permettre à des hommes de créances diverses de se mettre en dialogue : la philosophie faisant pour cela retour à la religio pensée par Cicéron, avant que Saint Augustin puis Saint Thomas ne l'agrège ­ non sans la transformer ­ à leur théologie.
Cet effort commence avec Bacon, soucieux de donner une place juste à la religion par rapport à la science devenue expérimentale. Il se prolonge avec Hobbes et Locke, travaillant à subordonner la religion à la politique. Il se poursuit avec Shaftesbury, fondant la religion sur la morale. La politique et la morale accèdent alors l'une et l'autre dans la philosophie du XVIIe siècle britannique à une autonomie et à une primauté définitives sur la religion. Or, dans le même temps, cet effort tend, avec Locke et Toland, à dégager un noyau rationnel susceptible d'interroger la religion révélée sur ses énoncés dogmatiques mêmes et ses pratiques cultuelles, afin de la libérer de ce qui la dispose au fanatisme religieux. C'est ainsi que la religion naturelle, au sens où elle se doit d'être conforme au naturel raisonnable de l'homme, devient instance critique de toute révélation : y compris la révélation chrétienne. Au XVIIIe siècle, Voltaire voit dans la religion naturelle la seule religion susceptible, comme religion rationnelle, de convenir au philosophe tandis que Rousseau, récusant la raison en sa prétention à fonder des vérités religieuses, se tournera résolument vers la conscience : une conscience critique qui oriente l'homme dans sa vie morale ; une conscience qui ouvre l'accès à un Dieu dont l'existence ne peut pas être mise en doute et dont le seul culte est celui du coeur. Kant achève le mouvement ayant conduit à soumettre la religion à la vigilance critique de la raison : une raison source originaire de liberté pour Kant ; une raison pratique herméneute des textes bibliques comme des énoncés dogmatiques ; une raison critique de ces textes et de ces énoncés, non complaisante, car, pour elle, il en va tout simplement de la liberté de l'homme. Nous serons alors au seuil du passage de la religion en philosophie à une philosophie de la religion : passage dont le contexte historique devra être cerné avec précision et la portée, mesurée.
Eléments bibliographiques