lundi 07 février 2011

Archives de Philosophie

l'Un au-delà de l'être

 
L'Un au-delà de l’être vient de paraître et vous trouverez ci-dessous tous les résumés des articles du dossier présenté par Jérôme Laurent - outre, hors dossier, deux études : l'une de Thierry Gontier sur prudence et sagesse chez Montaigne et l'autre d'Eléonore Dispersyn sur la satanologie schellingienne.
Laurent Gallois, adjoint au rédacteur en chef des Archives de Philosophie, nous dit pourquoi un dossier L'Un au-delà de l’être maintenant dans la revue :
 
Pourquoi publier un tel dossier maintenant dans les Archives ?
Laurent Gallois : Parce que l’Un fait entrer dans la culture grecque, ceci sur un vieux problème qui occupe l’humanité depuis le début, celui de son unité aux prises contradictoires avec la multiplicité de ses états et constats de vie, pour ne pas dire d’actions, 
Parce que l’Un, chez Plotin, est une des voies de traitement de ce problème, alors même qu’il est le grand absent des études plotiniennes françaises depuis les travaux de J.-M. Narbonne,
Parce que l’Un est une véritable épreuve pour la constitution d’un discours rationnel qui porte sur lui, alors que, dans le passage d’une théologie négative – habituellement liée à l’Un – à une théologie positive, se joue véritablement le passage de notre expérience intérieure de la liberté vers la liberté divine, se noue l’accès, pour l’âme humaine, à ce que signifie pour elle, d’être libre : et être libre selon une unité avec laquelle le chemin de la philosophie de Plotin lui offre de renouer.
 
Et pour le lecteur ?
C’est ce chemin qui est proposé au lecteur de ce dossier, le plongeant dans la théologie plotinienne de l’Un tout en l’exposant en même temps à l’épreuve du caractère antinomique de l’Un comme principe. Mais l’épreuve qu’un principe soit antinomique n’est-elle pas, après tout, ce qui assure à la liberté de se libérer ? En effet, qu’un principe, dans une philosophie, soit antinomique, est garantie d’une philosophie féconde car il porte en lui une dialectique : celle d’une liberté dont l’âme fait l’expérience d’être reconduite à son unité, et, du même coup, à sa signification ultime.
Toute la présentation
 
Sommaire et résumés du dernier numéro
 
 
Jérôme Laurent (Université de Caen (EA 2129)) : « La merveille, c'est l'Un » (VI, 9 [9], 5, 30) 
Pour Plotin, l'ultime objet de l'émerveillement philosophique est l'Un, le Premier principe « au-delà de l'essence », selon la formule du livre VI de la République. Ultime, car conformément à l'enseignement de Platon et d'Aristote, Plotin dirait volontiers que l'étonnement, le thaumadzein est à l'origine de la philosophie : il y a donc un émerveillement admiratif et un étonnement interrogatif sur la nature de l'homme ou sur la beauté du monde. Mais toute question trouve sa réponse dans l'unité d'une signification et dans l'unité d'un bien téléologiquement visé. Il y a en toute réalité, physique, morale ou intelligible une trace et une présence de l'Un, une certaine unité phénoménale ou ontique qui lui assure stabilité et consistance. Même un arc-en-ciel ou un éclair, phénomènes passagers et comme purement atmosphériques, sont un arc-en-ciel et un éclair. Car le multiple pur n'existe pas : tout participe à l'Un sous la forme minimale d'une certaine unité. Ainsi Plotin peut-il affirmer que le Premier Pincipe est absent de tout et présent à tout... LIRE TOUTE LA PRESENTATION...

Laurent Lavaud (Université de Paris I Panthéon-Sorbonne (UMR 7219)) : La métaphore de la liberté. Liberté humaine et liberté divine chez Plotin 
Contre les péripatéticiens, Plotin prétend opérer la « métaphore » de la liberté humaine vers la liberté divine : c’est de la volonté libre du Bien que la volonté de l’homme reçoit son essence. Trois figures distinctes de la liberté apparaissent cependant dans les traités plotiniens (et en particulier les traités 6 et 39 sur lesquels on appuiera plus précisément notre analyse). La liberté expressive suit la dynamique générale de l’émanation : elle est l’initiative de l’âme qui organise le corps individuel. La liberté réflexive est la maîtrise de soi par laquelle chaque principe se donne à lui-même un contenu et une détermination. Enfin, la liberté par transcendance est la simplicité pure de l’Un qui ne se laisse pas réduire à la multiplicité déterminée de l’ousia
 
Alexandra Michalewski (Humboldt-Stipendiatin - Universität zu Köln) : Le premier de Numénius et l'Un de Plotin 
La théologie de Numénius, qui définit le premier dieu comme un principe totalement simple, solitaire et transcendant, a joué un grand rôle dans la construction de l’hénologie plotinienne. Or, si cette dernière est en partie héritière des réflexions médioplatoniciennes, elle marque également un véritable tournant dans l’histoire du platonisme. Tandis que le premier principe de Numénius exprime l’unité parfaite de l’être et de l’intellect, l’Un de Plotin est « au-delà de l’être » de manière absolue. Cette différence a des conséquences décisives, tant sur la manière de concevoir le rapport du premier au second principe, que sur l’interprétation de la relation de l’Intellect divin à son objet. Cet article se propose d’analyser, à travers une étude de la conception du premier principe chez Plotin et Numénius, l’apport métaphysique que représente l’existence d’un principe au-delà de l’être.
 
Sylvain Roux (Université de Poitiers) : Transcendance et relation. Plotin et l'antinomie du principe 
La question du principe occupe une place essentielle dans la philosophie de Plotin, notamment parce qu’il lui faut penser de quelle manière l’Un peut être à l’origine de toutes les autres réalités et jouer ainsi un rôle principiel. Mais l’analyse de cette question pose un problème particulier : si l’Un est en position de principe, il perd son statut transcendant. Plotin accuse Aristote et les stoïciens d’avoir ainsi affaibli la supériorité de l’Un pour en faire un principe, mais l’affirmation de la transcendance rend elle-même difficile l’établissement d’une relation entre le Principe et ce qui en provient. Comment surmonter ce qui apparaît bien comme une antinomie ? Nous montrons ici par quelles voies paradoxales Plotin y parvient mais surtout que l’usage du paradoxe offre la seule solution compatible avec l’orientation générale du système plotinien.
 
Jean-Marc Narbonne (Université Laval (Québec)) : L'Un, modèle de la pensée religieuse de Bergson 
Bergson a critiqué l’ensemble de la métaphysique occidentale, héritée du modèle platonico-aristotélicien, pour son incapacité à penser une véritable maturation possible des choses, un temps-invention, dans lequel la réalité se renouvèlerait au fur et à mesure qu’elle se créerait – ce qu’il appelle la durée –, en opposition à un devenir dont le résultat est toujours donnée d’avance, fixée dans l’Idée ou l’Intellect divin, tel un plan que l’on se contenterait de déplier. Mais Bergson a sans doute trouvé également, tout particulièrement chez Plotin, les prémisses d’un dépassement de ce cadre grec classique, par exemple dans la notion plotinienne de la préséance possible de l’agir sur l’être, renversant l’adage selon lequel l’agir s’ensuit de l’être (operari sequitur esse), en celui de l’être qui s’ensuit de l’agir (esse sequitur operari), l’idée également d’un dépassement de la choséité par le Principe premier, l’Un plotinien, qui est un pur jaillissement antérieur au quelque chose, préfigurant la continuité de jaillissement qui, selon Bergson, serait de Dieu, si ce n’est pas Dieu lui-même.
 
Eléonore Dispersyn (Chargée de recherches au FRS-FNRS) : L'adversaire de Dieu dans la Philosophie de la révélation. Esquisse d'une satanologie schellingienne 
On associe généralement la figure de Satan à une signification indigente ou mesquine. Dans la Philosophie de la révélation, Schelling tente au contraire d’en donner une interprétation différente, selon laquelle la « mauvaiseté positive » de Satan n’est pas seulement assumée, mais également revalorisée. Cependant, le rôle de Satan demeure ambigu, incarnant à la fois le tentateur universel et le maillon nécessaire à la révélation de Dieu lui-même. Dans cette étude, il s’agit donc de montrer à la fois la nature amphibolique du Diable, et de rendre compte des multiples endossements qu’il recouvre. Une tâche qui implique précisément la mise en évidence du rôle incontournable de Satan dans la victoire finale du bien, et qui se manifeste, en termes schellingiens, par l’incompatibilité de l’homme avec le feu dévorant du principe de lumière, laquelle nécessite un principe obscur qui hâte la séparation, pressent le mal et le provoque.
 
Thierry Gontier (Université de Lyon - IRPhiL ; Institut Universitaire de France) : Prudence et sagesse chez Montaigne 
À l’encontre d’une école récente d’interprétation qui tend à voir dans les Essais de Montaigne une pensée du renoncement à toute maîtrise de l’action, nous voulons montrer qu’il y a chez lui une authentique pensée de la prudence. Si les références aristotéliciennes et stoïciennes sont sollicitées par Montaigne, il reste que le caractère mouvant et imprévisible de la fortune ainsi que la part de fortuit inscrite dans l’être l’obligent à redéfinir les contours de la notion traditionnelle de prudence. À un premier niveau de prudence qui consiste à savoir agir dans le monde s’ajoute un second niveau, qui consiste à savoir se préserver face aux sollicitations du monde. Montaigne inaugure ainsi une pensée moderne de la prudence, qui trouvera, mutatis mutandis, une expression contemporaine chez Hannah Arendt, Georg Gadamer et Paul Ricœur.
 
Comptes rendus 
 
Bulletin cartésien XLI : Bibliographie de l’année 2010