lundi 07 février 2011
RSR
Pourquoi l'église? La dimension écclésiale de la foi dans l'horizon du salut
Tome 99/3 juiLLET-SEPTEMBRE 2011
Editorial
Dossier préparatoire au Colloque des Recherches de Science Religieuse (Paris, 8 – 10 novembre 2011)
Le dernier colloque des Recherches de Science Religieuse sur une thématique ecclésiale a eu lieu en juin 1990 ; il portait le titre « Un corps pour l’Église » et fut publié dans 79/2 et 3 (1991). Voici comment Joseph Moingt présenta le diagnostic auquel a répondu le colloque de 1990 :
« La tournure de ce titre, à la fois interrogative et optative, exprime une inquié- tude et un engagement : quel corps sera-t-il possible, quel corps est-il souhaitable de préparer pour l’Église ? La formulation interrogative signifiait que nous voulions laisser de côté les questions classiques, mais abstraites et intemporelles, de l’ecclésio- logie pour nous concentrer sur les problèmes concrets que pose la situation actuelle de l’Église dans nos pays, ceux-là mêmes auxquels s’intéresse tout observateur des évolutions sociales de notre temps, à plus forte raison tout croyant responsable de son identité religieuse : un corps social évidé et éclaté, mal installé dans une société sécu- larisée avec laquelle il entretient des relations conflictuelles, mal assuré de son propre fonctionnement interne, et par conséquent incertain de son avenir. La forme optative indiquait que nous ne voulions pas nous comporter en observateurs indifférents ou critiques, mais en chrétiens soucieux de l’avenir de notre Église, et en théologiens qui se sentent responsables, pour leur part, de ses orientations. […] C’est l’existence du christianisme en Europe, en tant que corps social identifiable comme tel, qui est aujourd’hui mise en cause ».
Sur la base de ce diagnostic, le colloque de 1990 avait suivi un triple questionnement. D’ordre institutionnel : quels sont les critères d’appartenance à l’Église ?
D’ordre socio-culturel : quel est le rapport de l’Église à ce monde dans lequel elle vit ? D’ordre relationnel : quel type de communication fonctionne à l’intérieur de ce corps ?
À vingt ans de distance, le diagnostic qui préside à ce nouveau colloque ecclésiologique s’est sans doute radicalisé : si la majorité de nos contemporains restent attachés à ou tributaires d’un « christianisme » sans Dieu et sans Église, beaucoup ne savent plus à quoi sert cette dernière. C’est ce qu’on peut déjà « entendre » dans la dernière phrase du diagnostic de 1990 : « C’est l’existence du christianisme en Europe, en tant que corps social identifiable comme tel, qui est aujourd’hui mise en cause ». Mais au lieu d’aborder cette problématique immédiatement sous l’angle institutionnel, socio-culturel et relationnel, il nous semble nécessaire de repenser à nouveaux frais la raison d’être et la finalité de l’Église : « Pourquoi l’Église ? ». C’est donc un ques- tionnement fondamental que nous voulons engager ; ce qui ne veut pas dire réitérer simplement « les questions classiques, mais abstraites et intemporelles, de l’ecclésiolo- gie » (cf. plus haut) mais les penser concrètement dans le cadre historique qui est le nôtre.
Le sous-titre – « La dimension ecclésiale de la foi dans l’horizon du salut » – esquisse déjà une hypothèse : n’est-ce pas le « salut » et son orientation eschatologique qui posent problème aujourd’hui quand on s’interroge sur la raison d’être et la finalité de l’Église ? Selon la réponse qu’on donne à cette question, le rapport entre le « chris- tianisme » et la forme ecclésiale de la foi change ; on peut même se demander si, dans la perspective ecclésiale, un « christianisme » sans Dieu et sans Église est encore un « christianisme ». Comment considérer alors ce rapport « nouveau » qui est en train de s’établir entre l’Église (ou les Églises) et d’autres formes de « christianisme » ou des « chrétiens sans Église » ?
Ce type de questionnement nécessite que le triptyque « Église / Royaume / Monde » ou « Monde / Royaume / Église » » soit repensé. Résultant du travail conciliaire et de la situation nouvelle de l’Église, telle qu’elle s’est imposée progressivement, ce rapport doit être remis en chantier, sans oublier ni nos « contraintes » culturelles, religieuses et philosophiques ni les enjeux pratiques qui en résultent.
Les quatre articles de ce dossier préparatoire ont donc pour objectif de préciser les contours de cette problématique et d’en proposer une première exploration : le premier traite de nos contraintes contextuelles ; le second et le troisième font intervenir les deux repères que sont les Écritures et l’enseignement du concile Vatican II ; le dernier propose une approche systématique dans une perspective résolument œcuménique.
Raymond Lemieux commence par déployer l’éventail des conditions inédites qui marquent l’Église d’aujourd’hui et la marquent nécessairement. L’auteur la questionne comme institution culturelle, vouée à l’exculturation et contribuant à sa propre expulsion hors des cultures séculières : « Si le christianisme a été un facteur historique de civilisation, sa pertinence est-elle caduque quand cette civilisation se transforme, comme c’est le cas dans le monde contemporain ? ». Située dans l’histoire et notam- ment par rapport à l’ordre bourgeois maintenant mondialisé, cette question prépare une alternative décisive portant précisément sur la finalité de l’Église : l’expérience chrétienne est-elle faite pour garantir des processus de civilisation ou pour participer à l’humanisation du monde ?
Cette alternative, à discuter pendant le colloque, est tributaire de ce que l’analyste discerne comme dynamique spirituelle dans l’économie même de la modernité et dans la désacralisation du monde. En effet, reconnue comme visant la transcendance, la production de civilisation en modernité n’est pas structurellement opposée à la dynamique de vie spirituelle en christianisme : elle peut certes créer un conformisme plus fort que celui dénoncé dans les communautés traditionnelles ; elle peut aussi être le lieu et l’expression d’une foi anthropologique et d’une manière inventive de prendre le risque de vivre alors même que rien n’en garantit les chemins.
Le rôle de l’Église serait-il alors de « recréer son alliance avec les hommes et les femmes qui cherchent à avancer sur des chemins mal tracés, toujours sinueux » ? Ce qui nécessiterait une véritable conversion de sa part – une entrée en « crise », dit Lemieux – dont le colloque devra sans doute expliciter quelques aspects ; elle aurait en particulier pour tâche de dépasser ce qui risque de devenir un faux dilemme quand on approche l’horizon du salut dans un monde désacralisé : « ou bien l’humain reçoit le sens et doit s’y conformer – la sacralité des textes garantissant son sacrifice – ou bien il est responsable de sa production ce qui l’amène à risquer sa vie dans une monde aporétique ».
Une manière de dépasser ce dilemme est de relire les Écritures juives et chrétiennes, non pas comme texte sacral mais selon une perspective qui « considère la critique biblique elle-même comme un véritable acte spirituel de réception ; acte qui ne se réduit jamais à une démarche analytique qui décomposerait le texte à l’infini mais qui tente de l’approcher en ce qu’il révèle, à notre raison, du mystère de l’humain en son histo- ricité et sa fragilité extrême mais aussi en ses ultimes promesses » (« Exégèse critique, exégèse patristique », RSR 99/2 [2011], 252).
Dans son article sur « la proclamation du Royaume de Dieu comme marqueur de continuité entre Jésus et l’Église dans l’œuvre de Luc », Nathalie Siffer semble s’inscrire dans cette perspective, prenant ainsi la suite du précédent colloque qui traitait de l’annonce du Royaume, par Jésus, en paroles et en actes. L’auteure fait donc intervenir le Royaume de Dieu comme troisième terme entre Jésus et l’Église, d’un côté, et le monde ou la société, de l’autre, le Royaume étant une manière de désigner l’horizon du salut, abordé par Raymond Lemieux en termes d’humanisation du monde.
L’œuvre de Luc est alors approchée sous cet angle d’une continuité garantie par la terminologie du Royaume comme « résumé général de la prédication chrétienne », sans que l’élément distinctif de l’annonce ecclésiale, celle du Christ ressuscité, soit occulté. Cette prédication du Règne du Ressuscité conditionne l’existence de l’Église et appartient déjà, comme événement d’accomplissement, au Royaume de Dieu ainsi proclamé. Nathalie Siffer rappelle, pour finir, les différentes interprétations intériorisante, communautaire ou activiste du logion de Lc 17, 21 : le Royaume de Dieu est « au- dedans de vous », « parmi vous », « à votre disposition ». Même si l’interprétation ecclésiale semble être préférée par la majorité des exégètes et théologiens, selon l’auteure ces conceptions peuvent être associées : « Le regard de foi doit permettre au croyant de percevoir le Royaume dans toutes ses dimensions et de le découvrir en soi-même, dans l’Église, comme dans le monde ».
Cette perception nouvelle du diptyque lucanien correspond à toute une évolution de l’ecclésiologie catholique du XXe siècle. Celle-ci est retracée, sur son versant magis- tériel, par Laurent Villemin et Georges Chevallier dans leur article sur le schéma directeur de la Constitution Lumen gentium de Vatican II ; schéma qui distingue deux expressions, à savoir « incorporé à » pour qualifier l’appartenance des catholiques à leur Église et la formule « ordonné à (…) l’unité du peuple de Dieu » pour désigner « ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile ». L’article propose une étude généalogique de ce schème, allant de Mystici corporis (1943) à Redemptoris mis- sio (1990), pour montrer comment une réflexion nouvelle sur le dialogue interreli- gieux a conduit le magistère à préciser les rapports entre l’Église et le Royaume, allant jusqu’à considérer comme un aspect de la mission de l’Église la tâche de reconnaître la présence du Royaume en dehors d’elle-même. Cette nuance, portant sur la finalité de l’Église, ne concerne pas seulement le « terrain » des religions ou les femmes et les hommes appartenant à d’autres religions mais peut être aussi appliquée analogiquement aux sociétés séculières.
L’article systématique de Denis Müller se situe dans le même champ généalogique de l’ecclésiologie contemporaine mais sur son versant théologique. L’auteur, qui part d’une perspective réformée, remonte jusqu’au débat entre A. von Harnack et A. Loisy sur l’Évangile et l’Église, arbitré par E. Troeltsch, et fait intervenir sur- tout K. Barth, ses interprètes et, comme principal témoin catholique, C. Duquoc, non sans revenir bien en-deçà à Möhler et Schleiermacher. Puisqu’il combat l’opposition factice du juridisme catholique et de l’événementialisme protestant, l’aspect institu- tionnel de l’Église prend une certaine importance dans ce parcours ; mais la logique de l’ensemble suit les questions de l’origine, de la secondarité, de la nécessité et de la finalité de l’Église. Sur plusieurs points essentiels, un rééquilibrage œcuménique est proposé, nécessitant débat pendant le colloque. Avec Duquoc, l’auteur milite pour une articulation entre le visible et l’invisible, seule la radicalité eschatologique permettant de penser la précarité constitutive de l’Église visible. De là résulte une articulation théologique de la secondarité et de la nécessité de l’Église, placée sous le regard du Royaume de Dieu et dans l’optique d’une décentration christologique ; ce qui permet de redonner toute sa pertinence à la fonction avant-dernière du droit ecclésial au sein même de l’ecclésiologie et oblige à penser – trinitairement et politiquement – l’Église comme plurielle, ad intra et pas seulement « entre les confessions ».
Cette première exploration de notre problématique se termine donc par une redéfi- nition – œcuménique – des rapports entre l’Église et le Royaume de Dieu ; « décentrement » à la fois christologique et eschatologique sans aucun doute nécessaire. Mais – pour le moment – il laisse encore entière la question initiale du positionnement de l’Église au service du Royaume au sein d’un monde séculier nouveau, monde qui émerge douloureusement de son enveloppe sacrée. Sans doute est-ce par une réflexion sur le Royaume comme horizon du salut de nos sociétés sécularisées qu’il faudra entrer dans le débat proprement ecclésiologique du colloque si l’on veut honorer les enjeux éminemment pratiques que pose à l’Église le diagnostic radical, rappelé au début.
Christoph THEOBALD
R. LEMIEUX – Crise, christianisme et société contemporaine
Une sourde appréhension hante aujourd’hui les consciences : « Le chris- tianisme survivra-t-il à la modernité ? ». S’il a été un facteur historique de civilisation, sa pertinence est-elle caduque quand cette civilisation se trans- forme, comme cela est le cas dans le monde contemporain ? De quelles quêtes, de quelles souffrances, les regards portés sur lui, de l’intérieur comme de l’extérieur, sont-ils symptômes ? Quels en sont les dynamismes fondamentaux ? À quelles conversions l’expérience chrétienne est-elle appelée ? Pour baliser des pistes de réponses à ces questions, nous questionnerons ici l’institution culturelle du christianisme, c’est-à-dire les modes selon lesquels, dans son histoire, il a soutenu du sens et se trouve, aujourd’hui, confronté à une conjoncture inédite. Cette institution culturelle comprend davan- tage que la vie interne et l’action des Églises qui à la fois la débordent et en dépendent. Des actes de foi l’animent, certes, sans s’y confiner non plus. Par christianisme, nous entendons donc saisir les modes variés par lesquels se sont inscrites, historiquement, « des nappes de produit relatives à des systèmes de production » en transactions constantes avec le « monde ».
R. LEMIEUX – Crisis, Christianity and contemporary society
A vague apprehension haunts many minds today: “Will Christianity outlive modernity?” Although Christianity was a historical factor in the development of civilisation, will its pertinence be bypassed when this civilisation is transformed, as seems to be the case in the contemporary world? What is the re-examination applied to it from inside and out symptomatic of – of what searching and what suffering? What are the fundamental dynamics underlying this? What sorts of conversion is the Christian experience called upon to undertake?
In order to outline some approached to responding to these questions, we shall examine the cultural institution of Christianity, that is, the ways in which it under- wrote meaning and today stands at a new crossroads in its history. This cultural institution comprises more than its internal life and the action of the Churches, which both go beyond it and depend upon it. Acts of faith are vital to this process, obviously, but also reach beyond it. By “Christianity”, we mean discerning the various modes through which “the layers of products related to systems of production” in constant interplay with the “world” are inscribed in a historical process.
N. SIFFER – La proclamation du Royaume de Dieu comme marqueur de conti- nuité entre Jésus et l’Église dans l’œuvre de Luc
« Jésus annonçait le Royaume, et c’est l’Église qui est venue » : la célèbre formule d’A. Loisy, souvent mal comprise, doit être replacée dans son cadre d’origine expliquant que l’Église a élargi la forme de l’Évangile qui ne pou- vait être conservée telle quelle dans la période qui a suivi la fin du ministère terrestre de Jésus.
Dans cette ligne, l’Église s’inscrit à la suite de Jésus non pour s’identifier au Royaume, mais afin d’en poursuivre l’annonce. C’est bien ainsi que nous pouvons comprendre le rapport entre les trois termes « Jésus », « Royaume » et « Église », dans le sens du prolongement d’une même proclamation du salut.
En effet, c’est plutôt que le rapport entre Jésus, le Royaume et l’Église doit être envisagé. L’annonce du Royaume joue un rôle important, voire capital, quand on s’interroge sur la raison d’être et la finalité de l’Église d’après le Nouveau Testament. Dans cette perspective, le Royaume de Dieu sem- ble nettement intervenir comme un marqueur de continuité entre Jésus et l’Église. Et c’est là, précisément, l’un des aspects ecclésiologiques particu- lièrement développé par Luc, qui s’intéresse à cet aspect plus que tout autre auteur néotestamentaire.
N. SIFFER – The announcement of the Kingdom of God as a marker of continuity between Jesus and the Church in Luke
“Jesus announced the Kingdom and it is the Church that came”: A. Loisy’s famous formula, often misunderstood, must be put back into its original framework. This explained that the Church had broadened the form of the Gospel, which it would otherwise have been impossible to retain as such in the period following the earthly ministry of Jesus.
In line with this, the Church takes up Jesus’ words, not to identify itself with the Kingdom, but to pursue its announcement. This is how we can understand the relationship between the three terms “Jesus”, “Kingdom” and “Church”, as continuing the same proclamation of salvation. The announcement of the Kingdom plays an important, indeed a capital, role when we examine the raison d’être and the final- ity of the Church after the New Testament. In this perspective, the Kingdom of God appears clearly to act as a marker of continuity between Jesus and the Church. This is one of the ecclesiological aspects most especially developed by Luke, for whom it was paramount.
L. VILLEMIN et G. CHEVALLIER – La distinction « incorporé à » / « ordonné à » dans Lumen gentium : quelles conséquences pour la compréhension du rapport Église / Royaume ?
La répartition habituelle des traités en théologie laisse souvent l’ecclésiologie à distance des questions touchant au pluralisme religieux et c’est davantage le christologue ou le spécialiste de la théologie fondamentale qui sont sollicités. Pourtant, les débats ayant trait à cette question ne sont pas sans répercussions sur l’ecclésiologie et spécialement sur l’articulation entre l’Église et le Règne de Dieu. Dans cette perspective, il est utile de revenir sur deux expressions qui qualifient le lien à l’Église au concile Vatican II, à savoir « incorporé à » (LG 14) qui qualifie l’appartenance des catholiques à leur Église et l’expression « ordonnés à (…) l’unité du Peuple de Dieu » qui s’applique à « ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile ».
Cette façon dont le concile a décrit le lien entre l’Église et ceux qui n’en font pas partie appelait à préciser à son tour le lien entre l’Église et le Règne de Dieu. Sur ce point, une étude généalogique permettra de percevoir l’importance de l’évolution opérée par le Magistère et la théologie à la lumière d’une réflexion sur le dialogue interreligieux. De Mystici corporis (1943) à Redemptoris Missio (1990) se met en place un abandon progressif de la problématique de « l’ordination à » pour traiter de « ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile », au profit d’une articulation dynamique entre Église et Règne de Dieu. Cette évolution ouvre des pistes à la fois pour le dialogue interreligieux, mais également pour l’ecclésiologie.
L. VILLEMIN and G. CHEVALLIER – The distinction between ‘incorporated into’ / ‘related to’ in Lumen gentium: what are its consequences for understanding the Church / Kingdom relationship
The usual organisation of theological treatises often leaves ecclesiology apart from questions touching on religious pluralism and leaves these issues to be handled by specialists in Christology or fundamental theology. However, the debates surround- ing this issue have a repercussion on ecclesiology and especially on the articulation between the Church and the Kingdom of God. In this perspective, it is useful to come back to two expressions in Vatican II which qualify the link to the Church, that is, “incorporated in” (LG 14) that qualifies the way Catholics belong to their Church, and the expression “related to (…) the unity of the People of God”, which is applied to “those who have not yet received the Gospel”.
The way in which the Council described the link between the Church and those who are not yet a part of it entailed elucidating the link between the Church and the Kingdom of God. A genealogical study will enable us to see the importance of the changes carried out by the Magisterium and theology in the light of a reflection upon interreligious dialogue. From Mystici corporis (1943) to Redemptoris Missio (1990), we see a progressive setting aside of the problematic of “those who are related to” and its replacement by “those who have not yet received the Gospel”, favouring a dynamic articulation between the Church and the Kingdom of God. This development opens up new ways of thinking for both interreligious dialogue and ecclesiology.
D. MÜLLER – Précarité institutionnelle de l’Église et radicalité du Royaume
L’Église de Jésus-Christ, sous sa forme visible et institutionnelle, à la fois plurielle et une, n’est pas une fin en soi et, même dans l’ordre du salut, garde un caractère second et instrumental.
Chez Calvin, l’Église, comme Église invisible, doit son existence à l’élection de Dieu. Mais la distinction entre Église visible et Église invisible prend son origine, chez le Réformateur, dans la nécessité de justifier la critique théologique et pratique de l’Église romaine. Nous sommes donc ici à un carrefour entre la fondation théologique de l’ecclésiologie et sa condition historique.
À terme, c’est-à-dire à l’aune de l’espérance de la venue du Royaume de Dieu et de la communion des saints, la distinction entre Église visible et Église invisible s’estompe, non en faveur de la seconde, mais en fonction du règne universel et final de Dieu, lequel transcende les limites de toute forme d’ecclésialité. Mais cette délimitation claire entre l’Église et le Royaume de Dieu, ou, exprimé d’une autre manière, entre la vie croyante sur terre et la communion éternelle en Dieu, n’a pas pour effet de dénier la nécessité de médiations humaines, notamment juridiques, dans l’organisation con- crète des Églises visibles sur cette terre. C’est de cette tension productive entre eschatologie, ecclésiologie et droit qu’il va être question dans la suite de cet exposé, d’un point de vue protestant, mais en faisant référence à quelques dossiers théologiques significatifs.
D. MÜLLER – The institutional precariousness of the Church and the radicality of the Kingdom
The Church of Jesus Christ, in its visible and institutional forms, both plural and singular, is not an end in itself and, even in the order of salvation, retains a second- ary and instrumental character.
In Calvin’s works, the Church, as invisible Church, owes its existence to God’s sov- ereign choice. However, the distinction between visible and invisible Church has its origin for Calvin in the necessity of justifying the theological and practical criticism of the Roman Catholic Church. This places us at a crossroads between the theological foundation of ecclesiology and its historical condition.
Finally, that is, by the measure of the hope in the coming of the Kingdom of God and of the Communion of Saints, the distinction between visible and invisible Church fades away, not in favour of the latter, but through the universal and final reign of God which transcends the limits of any form of ecclesiality. But, this clear boundary between the Church and the Kingdom of God or, expressed in another way, between a life of belief on Earth and the eternal communion in God, in no way denies the necessity of human mediations, especially legal ones, in the concrete organization of visible Churches on Earth. The subject of the following examination is precisely this productive tension between eschatology, ecclesiology and law, seen from a Protestant standpoint, but addressing several significant theological issues more generally.



