Les dix dernières années de la vie de Jean-Sébastien Bach sont marquées par une évolution très sensible vers un type d’écriture musicale aux limites de l’abstraction. Pendant ces années de lumineuse spéculation, Bach s’aventura seul jusqu’aux régions extrêmes de sa pensée, où le « jeu » du musicien devenait un exercice spirituel des « forces combinatoires de l’esprit », sur lesquelles Paul Valéry s’est longuement interrogé. Trois chefs-d’œuvres témoignent de cette aventure : l’Offrande musicale, les Variations canoniques et l’Art de la fugue.
Bach présenta ces trois œuvres à la Société des sciences musicales, dite Société Mizler, où il entra en 1747, comme quatorzième membre. Il était en effet tenu de présenter tous les ans jusqu’à l’âge de 65 ans, une composition musicale ayant valeur de démonstration de science musicale. Ces trois œuvres restent aujourd’hui encore des joyaux dont l’éclat ne passe pas. Ils représentent l’aboutissement de plusieurs siècles de pratique de la composition musicale. Mais leur haut niveau de science musicale et la complexité de leur écriture n’étouffent jamais l’émotion que le maître de Leipzig insuffla jusqu’au bout sans faillir dans la moindre de ses lignes contrapuntiques. Plus encore, ce cours voudrait déchiffrer dans ces pages ultimes, l’ouverture d’une voie spirituelle typée, qui trouve à dépasser la distinction profane/sacré. Les commentaires et analyses musicales ne seront jamais séparés de l’audition de la musique à laquelle une place importante sera accordée.
Aucune connaissance musicale n’est requise pour suivre ce cours.