La pensée politique d’Arendt, tournée vers l’action dans le monde et la réhabilitation de l’amour du monde, ne néglige pas l’importance des événements et des faits religieux. Cette pensée les introduit souvent à l’occasion de considérations politiques, en suivant le fil d’une méthode historique et politique. Dès la réflexion d’Arendt sur les monstruosités totalitaires de l’histoire du XXe siècle, la question du mal en politique est introduite selon cette méthode.
Qu’il s’agisse du judaïsme et de l’antisémitisme, des modifications introduites par le christianisme par rapport aux valeurs de l’Antiquité, le déplacement de la gloire mortelle à la vie éternelle, des intuitions de Jésus de Nazareth sur la liberté et le pardon, du rôle unique d’Augustin qui articule une religion extra-mondaine et la civilisation romaine, de la sécularisation et de ses effets inattendus, non favorables à la politique, enfin de l’effacement moderne de l’idée de vérité comme révélation au profit de la fabrication, le fil de la pensée politique se nourrit d’une intelligence aigüe des événements religieux ou scientifiques, qui à la fois éclaire d’un jour nouveau, souvent surprenant, le domaine politique, éclaire de même le domaine religieux, finalement éclaire notre monde, où les deux aspects demeurent étroitement tressés.
Nous explorerons ces croisements qui permettent aussi une relecture originale de l’histoire chrétienne.
Les textes étudiés sont extraits principalement de Condition de l’homme moderne, de La crise de la culture, de Essai sur la révolution ainsi que de Les origines du totalitarisme.