Respirer autrement

 
Ce temps très particulier des élections présidentielles, avec ses passions et ses divisions, vient de se terminer. Il va être suivi par celui des élections législatives. Un mot semble bien définir ce que nous avons souvent éprouvé ces derniers temps : « saturation ». Dans le sens d’un trop plein qui déborde, alimenté par des réseaux sociaux parfois toxiques, et des médias pas toujours soucieux de vérité, de respect des personnes, et d’aide au discernement. « Saturation » pour indiquer aussi que la densité des discours, des passions, des émotions, a rendu l’air ambiant irrespirable. Elle n’a pas toujours laissé assez de place à la respiration intérieure indispensable pour que mûrissent les choix et les convictions.
 
Il est à souhaiter, quand les élections législatives seront à leur tour passées, que nous puissions regarder paisiblement comment nous avons vécu ses semaines. Quel air avons-nous respiré ? En famille, au travail, dans nos relations, nos communautés chrétiennes… Quels sentiments et affects ont dominé et peut-être conduit nos choix ? Sommes-nous restés dans l’entre soi ? Avons-nous sans cesse cherché à convaincre, ou avons-nous pris le risque de l’écoute et d’une parole échangée ? Sans doute un peu de tout cela…
 
Cette réflexion qui met en lumière la dimension spirituelle de notre vie citoyenne est précieuse car les mois à venir ne seront sans doute pas simples. Une période nouvelle s’ouvre avec beaucoup d’incertitudes mais aussi un désir affirmé de renouvellement. Peut-être n’est-il pas inutile de relire la Déclaration du Conseil permanent des évêques de France d’octobre dernier qui rappelait : « L’engagement peut prendre des formes différentes (…) mais doit toujours être soutenu par un véritable respect pour ceux qui ne pensent pas de la même manière. S’il faut parfois donner un témoignage de fermeté, que celle-ci ne devienne jamais raideur et blocage. Elle doit être ferme proposition sur fond de patiente confiance que Dieu ne cesse d’avoir pour l’homme. La parole en société est toujours à relancer. Et les chrétiens, avec les autres, doivent veiller à la démocratie dans une société fragile et dure » . Oui, de souffle, de calme, de bon sens et d’audace… nous en aurons besoin pour imaginer l’avenir de notre pays.
 
P. François Boëdec
Président du Centre Sèvres Facultés jésuites de Paris